Option lettres modernes - Perspectives comparatistes

Présentation

Séminaire de Master 2 : « Perspectives comparatistes »

Enseignante : Véronique Léonard-Roques

« Écrits de femmes du XIXe au XXIe siècle : autour de quelques pionnières (Elizabeth Barrett Browning, Virginia Woolf, Annie Ernaux, Marie Darrieussecq) »

Œuvres au programme :

Barrett Browning, Elizabeth, Sonnets portugais [Sonnets of the Portuguese, 1850], trad. de L. Jungelson, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1994.

Darrieussecq, Marie, Etre ici est une splendeur : vie de Paula M. Becker, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2016.

Ernaux, Annie, L’Evénement, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2000.

Woolf, Virginia, Une chambre à soi [A Room Of One’s Own, 1929], trad. Clara Malraux, Paris, Denoël, 1977, repris en « 10/18 ».

           Ce cours sera centré sur quelques figures de pionnières (autrices, créatrices) à travers quatre œuvres, de l’ère victorienne à nos jours (domaines anglais et français). Il s’agira de réfléchir à la question de l’écriture dite « féminine », c’est-à-dire au « genre » (gender) de l’écriture, à travers différents genres littéraires (poésie, essai, autobiographie, biographie) et au prisme de pratiques fictionnelles et non fictionnelles. Nous questionnerons l’écriture féminine non dans sa dimension de théorie critique générale, mais en tant que prise de conscience des questions de genre (gender) dans la « venue à l’écriture » (Hélène Cixous) et dans sa pratique. En quoi cette écriture se démarque-t-elle - par ses formes et ses thèmes (expériences féminines ?) - du canon littéraire entendu au sens de « littérature majeure ou établie » (G. Deleuze et F. Guattari ) qui, selon des écrivaines comme Christa Wolf et Annie Leclerc, traduirait la domination masculine, voire la consacrerait ? « Nous n’avons pas de modèles authentiques, cela nous demande du temps, des détours, des erreurs », écrit ainsi Christa Wolf dans sa « Lettre à A. » (Kassandra, 1983) faisant écho aux propos d’Annie Leclerc : « Assourdissant tumulte des grandes voix ; pas une n’est de femme. […] Qui parle dans les gros livres des bibliothèques ? Qui parle au Capitole ? Qui parle au temple ? Qui parle à la tribune et qui parle dans les lois ? » (Parole de femme, 1974).

                Les autrices choisies sont liées, non seulement en raison de thématiques et de recherches poétiques communes, mais aussi par l’expression explicite d’un sentiment de redevabilité et de dialogue, d’inscription manifeste dans une chaîne de créatrices. Virginia Woolf, qui dans son célèbre essai (A Room Of One’s Own, 1929) met en relief les obstacles socioculturels et politiques empêchant les femmes d’accéder à la production littéraire et réfléchit à ce qui serait une écriture au féminin, a contribué à sortir de l’ombre les écrits et la figure d’E. Barrett Browning, poétesse fameuse de l’époque victorienne tombée dans l’oubli qui a, notamment, livré une expérience poétique pionnière en renouvelant la forme traditionnelle de la séquence de sonnets par l’affirmation originale de la voix d’un je poète féminin (Sonnets of the Portuguese, écrits en 1845, publiés en 1850). Marie Darrieussecq (qui a traduit A Room of One’s Own), dans sa biographie (à valeur autobiographique)  de 2016 consacrée à la peintre Paula Modersohn Becker, s’inscrit et inscrit son sujet dans le sillage d’une création au féminin appelée de ses vœux par Woolf que représente aussi, dans la littérature française contemporaine, Annie Ernaux dont L’Evénement (2000) fait date. Chacune des œuvres du corpus témoigne donc de l’appropriation par des femmes auteures d’un territoire longtemps considéré comme masculin et de la remise en question de la prédominance d’une voix masculine souvent présentée comme universelle.

Méthodologie critique : théorie des genres littéraires ; études de genre (gender).