Penser l'histoire de la philosophie

Présentation

Enseignant : Philippe OUVRARD

Au fil du temps, les doctrines philosophiques se sont succédées dans leur diversité.

- A première vue, l’histoire de la philosophie se borne à constater cette pluralité, à explorer, philosophe après philosophe, ce qui a été dit à chaque fois dans l'œuvre des différents auteurs. Tout l’effort se porte alors sur la compréhension attentive de ce que chaque philosophe a effectivement dit, et à le faire des présocratiques à Derrida ou tel ou tel contemporain. Mais cette pluralité des doctrines, une fois constatée, n’est pas elle-même interrogée. Or, c'est trop souvent ce que l'on entend par histoire de la philosophie, par exemple celle qui se propose de vulgariser la philosophie auprès du grand public. Seulement, cette description purement chronologique ne fait pas sens et pose problème.

Que dire de cette pluralité des philosophies ? Peuvent-elles toutes être vraies, alors que pourtant elles divergent, voire se contredisent ? La philosophie est-elle en droit une ou multiple ? Y a-t-il une philosophie éternelle malgré les changements de doctrines, une philosophiaperennis ? Y a-t-il un progrès en philosophie ? Y aurait-il éventuellement des philosophies périmées ? Peut-on comprendre un philosophe mieux qu’il ne s’est lui-même compris ?

 - Ces interrogations et d’autres requièrent alors plutôt une deuxième attitude intellectuelle, réflexive et non plus descriptive : une histoire philosophante de la philosophie, par laquelle la philosophie s’efforce de comprendre ses propres possibilités à partir de la réalité des diverses doctrines. Ce n’est pas sans risques :

1- Comment se prémunir contre le risque d’idéologiser, de façon scolaire ou ethnocentrique, le parcours de la philosophie en Occident ?

2- Comment éviter le risque de description positiviste, oublieuse des choix philosophiques que l’on présuppose ?

3- Comment se garder d’un présupposé historiciste selon lequel toute l’histoire de la philosophie serait réellement orientée vers un seul et même but ?

 Le problème qui nous servira de fil conducteur sera dès lors le suivant : Comment interpréter, d’une part, et comment juger, d’autre part, le devenir de la philosophie ? Cela engage tout à la fois la relation qui peut et doit s’instaurer entre les philosophies, et la façon dont la pensée philosophique émerge dans le temps des sociétés humaines.

 Bibliographie préparatoire (qui sera complétée à la rentrée) :

 - Gérard Lebrun, Devenir de la philosophie, in Notions de philosophie, III, sous la direction de Denis Kambouchner, Gallimard, 1995, coll. « Folio essais »

 - G. W. F. Hegel, Leçons sur l’histoire de la philosophie, tome 1, trad. J. Gibelin, Gallimard, 1954, Gallimard, coll. « Idées »