Philosophie morale

Présentation

Peut-on librement définir le bien en situation ?

Autonomie, rationalité pratique et contexte d’action

 Nos sociétés semblent désemparées pour définir les valeurs qui seraient évidemment un bien, et peut-être même aussi celles qui sont incontestablement un mal. Car, dans les liens familiaux ou sociaux, dans la relation aux concitoyens ou aux étrangers, notamment aux migrants, dans notre rapport à la nature ou aux animaux, et dans bien d’autres domaines encore, on voit mal quelles fins, quelles valeurs et quelles normes s’imposeraient avec évidence de façon socialement partagée. Face à notre interrogation et aussi à notre inquiétude concernant ce qui est vraiment moralement défendable, le pluralisme des valeurs est désormais de mise.

D’un autre côté, nous avons acquis la conviction que c’est à chacun qu’il revient de librement se donner ses propres fins. Mais selon quelle liberté ? Peut-on agir par liberté tout ens’interdisant moralement certaines conduites ? La modernité en philosophie morale a progressivement élaboré une réponse, toutefois elle-même problématique : c’est par l’autonomie que moralité et liberté peuvent se concilier. Les agents cherchant à se conduire moralement dans leur relation à autrui, voire à eux-mêmes, et peut-être même à la nature, ne sont pas encore autonomes en recevant sans contrainte des valeurs et des normes ; ils ne le sont pas encore non plus en les produisant eux-mêmes ; ils ne le sont qu’à la condition de produire la légitimité même de leurs valeurs personnelles et de leurs normes communes.

Le cours examinera donc le clivage des morales de l’hétéronomie et des morales de l’autonomie. Que valent les premières, définissant le bien et le mal à partir d’une extériorité : la nature, Dieu, le contexte socio-culturel et historique ? Le naturalisme des morales antiques ou le rationalisme et l’empirisme moderne seront par exemple ainsi étudiés sur la base d’un travail précis des textes concernés. Mais que vaut d’un autre côté le projet initialement rousseauiste et surtout kantien de prendre l’autonomie comme principe de la morale ?

Cette question doit cependant s’approfondir : quelle autonomie ? Faire ce que l’individu désire sans nuire à autrui (Mill), faire ce que l’homme doit à l’homme sans instrumentaliser quiconque (Kant), ou bien encore faire ce qui augmente le sens de l’existence collective humaine sans générer d’aliénation (Hegel).

Mais (nouvel approfondissement) à supposer qu’il puisse ainsi n’être ni politiquement assujetti (Mill), ni transcendantalement hétéronome (Kant), ni culturellement aliéné (Hegel), le sujet moral peut-il savoir ce qui est bien tout en s’ajustant à la singularité des situations réelles ? Pouvons-nous produire nous-mêmes la légitimité de nos valeurs et de nos normes, donc nous appuyer sur notre liberté ? Pouvons-nous d’autre part identifier vraiment le bien et le mal, donc nous appuyer sur une rationalité des fins ? Et pouvons-nous enfin juger avec discernement quel cas est éthiquement préférable dans chaque contexte circonstancié, donc trouver comment appliquer la morale à la réalité ?

Des textes classiques seront travaillés en cours (Aristote, Épicure, stoïciens, Hume, Kant, Hegel, Mill, Nietzsche, notamment), sans exclure d’autres textes plus contemporains.

 

Lectures indispensables : Aristote, Éthique à Nicomaque, trad. R. Bodéüs, éd. GF.

I. Kant, Fondation de la métaphysique des mœurs, trad. A. Renaut, éd. GF.

J.-S. Mill, De la liberté, trad. L. Lenglet à partir de celle de D. White, éd. Gall., Folio Essais.

Compétences visées

Apprendre à lire un texte philosophique, comprendre l’importance et les difficultés de la traduction, savoir manipuler des concepts complexes et pouvoir les rapporter au réel pour l’éclairer.

Bibliographie

Philosophie morale

ARISTOTE, Ethique à Nicomaque

CANTO-SPERBER Monique (dir.), Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale. 4è éd., Quadrige. Paris : Presse universitaires de France ; 2004

CANTO-SPERBER Monique, OGIEN Ruwen, La philosophie morale, Puf, 2004

KANT, Fondements de la métaphysique des mœurs

NIETZSCHE, Généalogie de la morale

RICŒUR Paul, Soi-même comme un autre, Seuil 1990, réédition en poche 1996 (trois chapitres centraux sur l’éthique ; voir également les articles « éthique » dans l’encyclopaedia universalis et « éthique » in Canto-Sperber 1996)